Hier j’ai voté. J’ai passé 4 heures sous le soleil pour arriver à la salle de vote. C’était magnifique. Une foule immense et une ambiance très détendue. Tout le monde était fier d'être là. Tout le monde ou presque votait pour la première fois de sa vie.
Dès 20h des estimations sur certains bureaux de vote ont commencé à tomber : le parti Ennahdha sort du lot, suivi du FDTL (Ettakatol) et du CPR grande surprise du scrutin. Énorme claque pour le PDP (Parti Démocrate Progressiste, dont le leader Ahmed Néjib Chebbi, 40 ans de carrière politique, de militantisme et d’opposition à Ben Ali, prison et grèves de la faim, ont été vite oubliés à cause d'un petit passage au gouvernement de transition en janvier. Il faut croire qu’on ne se renseigne pas assez sur les gens. On a préféré Ettakatol, le parti du « je ne me prononce sur rien, j’attends de voir l’opinion publique et je suis ».
A Sidi Bouzid, là où tout à commencé un certain 17 décembre 2010, Hechmi Hamdi, l’un des anciens porte-parole de Ben Ali, un Gaddafi en costume, remporte avec sa liste indépendante 90% des voix. A Sidi Bouzid, on a voté pour l’enfant de la région…ou alors, les réseaux du RCD dissous ont très bien marché comme osent le penser certains. Il a par ailleurs réussi à avoir des sièges dans d’autres régions, notamment à Sfax … remarque : il est à londres et fait sa campagne partir de sa propore chaîne télévisée, comme quoi internet ou pas, le pouvoir de la télé est toujours important…
Ce vote était historique malgré tout. On a voté librement, chose impensable il y a même pas un an. Beaucoup d’erreurs stratégiques chez les partis progressistes, ce qui leur a fait perdre beaucoup de voix, mais aujourd’hui il faut tirer les leçons de ce scrutin historique pour ne pas refaire les mêmes erreurs.. Le peuple s’est exprimé. La réalité est peut-être dure à accepter pour certains, mais il faut pas tomber dans un fatalisme amer.
En attendant d’avoir le nombre de sièges exact pour chaque parti et listes indépendantes, des alliances (ou pas) au sein de cette assemblée constituante, je serai toujours fière de dire : le 23 octobre, j’ai voté.
24.10.11
12.10.11
Nessma: qui fera pire?
Vendredi, la chaîne privée Nesma diffuse le film d’animation Persepolis. Le film est dans les salles de cinéma depuis longtemps, et en dvd piraté vendus « légalement » à 2 dinars depuis sa sortie.La seule nouveauté c’est que le film a été doublé en dialecte tunisien. Et personnellement, j’ai apprécié.
La personnification d’Allah au cours d'une séquence du film (qui n’en est pas une soit dit en passant) n’a pas plu à tout le monde. Quelques voix se sont élevées contre la chaîne déjà pas très appréciée: groupes facebook comme on en a des centaines, et des manifestations de quelques dizaines de personnes...
Deux jours après la diffusion du film, la chaine privée dit être attaquée par 300 salafistes. Bizarrement, elle n’est pas capable de fournir une seule photo ou une vidéo de ce qui serait passé. Personne n'a filmé, même pas par son téléphone portable. C’est quand même bizarre, dans un pays où sortir son téléphone pour filmer ce qui se passe dans la rue est devenu un réflexe.
Le porte-parole du ministère de l'Intérieur affirme qu’il n’a pas eu plus de 50 personnes venues manifester devant la direction de la chaine, chose confirmée par cette vidéo et une autre(appréciez les salafistes, rhooo! ). N’empêche que Nessma a envoyé des dépêches partout; les articles dans la presse française fusent (ici sur Le Monde ) et on a même eu droit à un reportage au 20h de France 2 où on parle de cette attaque tout en montrant des images de confrontation entre jeunes et police dans le bidonville de Djebl Lahmar... des incidents qui n’ont rien à avoir!
Les défenseurs de la liberté d'expression défendent quand même la chaîne et des communiqués des différents partis politiques sont publiés. Sauf qu'aujourd'hui, Nabil Karoui, DG de la chaîne, décide de présenter ses excuses au "peuple tunisien" d'avoir diffusé le film! ( désolé de vous décevoir M.Karoui mais 80% du peuple tunisien n'avaient rien à foutre du film et de ta chaîne..).Pis, il ne s'excuse pas d'avoir heurter la sensibilité de certains, il dit que lui-même a été offusqué en regardant le film... entre nous, difficile de fairemieux pire. Mais il faut dire que le mec excelle dans la comédie.. et comme si cela n'était pas suffisant, il affirme qu'il y a des lignes rouges à ne pas dépasser... Pitoyable! Enfler une polémique qui n'avait pas lieu d'être, mentir autour d'une attaque qui n'a pas eu lieu et présenter de minables excuses en justifiant la censure, c'est quand même trop en 48h...
Tout ça pour dire que quand on ne s'est pas battu pour la liberté d'expression, on ne la défendra jamais. Quand on trouvait son compte sous la censure, on ne verra aucun problème à la voir se réinstaurer. Et Quand on est une crapule, on reste toute sa vie une crapule.
La personnification d’Allah au cours d'une séquence du film (qui n’en est pas une soit dit en passant) n’a pas plu à tout le monde. Quelques voix se sont élevées contre la chaîne déjà pas très appréciée: groupes facebook comme on en a des centaines, et des manifestations de quelques dizaines de personnes...
Deux jours après la diffusion du film, la chaine privée dit être attaquée par 300 salafistes. Bizarrement, elle n’est pas capable de fournir une seule photo ou une vidéo de ce qui serait passé. Personne n'a filmé, même pas par son téléphone portable. C’est quand même bizarre, dans un pays où sortir son téléphone pour filmer ce qui se passe dans la rue est devenu un réflexe.
Le porte-parole du ministère de l'Intérieur affirme qu’il n’a pas eu plus de 50 personnes venues manifester devant la direction de la chaine, chose confirmée par cette vidéo et une autre(appréciez les salafistes, rhooo! ). N’empêche que Nessma a envoyé des dépêches partout; les articles dans la presse française fusent (ici sur Le Monde ) et on a même eu droit à un reportage au 20h de France 2 où on parle de cette attaque tout en montrant des images de confrontation entre jeunes et police dans le bidonville de Djebl Lahmar... des incidents qui n’ont rien à avoir!
Les défenseurs de la liberté d'expression défendent quand même la chaîne et des communiqués des différents partis politiques sont publiés. Sauf qu'aujourd'hui, Nabil Karoui, DG de la chaîne, décide de présenter ses excuses au "peuple tunisien" d'avoir diffusé le film! ( désolé de vous décevoir M.Karoui mais 80% du peuple tunisien n'avaient rien à foutre du film et de ta chaîne..).Pis, il ne s'excuse pas d'avoir heurter la sensibilité de certains, il dit que lui-même a été offusqué en regardant le film... entre nous, difficile de faire
Tout ça pour dire que quand on ne s'est pas battu pour la liberté d'expression, on ne la défendra jamais. Quand on trouvait son compte sous la censure, on ne verra aucun problème à la voir se réinstaurer. Et Quand on est une crapule, on reste toute sa vie une crapule.
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2.10.11
Regards Croisés : Nouveau blog pour Arte
A la demande d'Arte, je tiens un nouveau blog, intitulé Regards Croisés, consacré aux élections de l'Assemblée Constituante qui se tiendront le 23 octobre prochain. Avec Benoit Delmas, écrivain, journaliste et blogueur sur Le Western culturel, nous échangerons par post interposés nos visions sur la situation en Tunisie. D'une part le regard d'un français installé en Tunisie, de l'autre, le regard d'une jeune tunisienne au coeur du changement. Il s'agira en fait, de disséquer pour ARTE, la société tunisienne avant, pendant et après les élections qui se tiendront le 23 octobre prochain par post interposés.
Voici les premiers posts:
23 octobre, des élections frustrantes, par Sarah Ben Hamadi
Le paradoxe tunisien, par Benoit Delmas
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