30.5.12

Egypte-Tunisie : deux transitions et quelques similitudes…

La Tunisie a commencé, l’Egypte a suivi. Les deux dictateurs sont tombés. Et chaque pays a pris une voie de transition distincte. Qu’en est-il un an et demi plus tard ? Malgré deux processus de transition différents, des similitudes existent ; et même si j'écrivais,il y a quelques semaines, que l’Egypte va mal et que la Tunisie s’en sort mieux, les résultats du premier tour des élections présidentielles chez nos voisins, ne seraient pas si surprenants que cela chez nous. Un frère musulman (Mohamed Morsi) et un ancien du régime Moubarak pour le deuxième tour des présidentiels égyptienne. L’issu du scrutin égyptien est la preuve du poids de la « contre révolution » égyptienne. Le dernier ancien premier ministre de Moubarak pourrait devenir le premier Président égyptien de l’après révolution. Oups, est-ce que j’ai dit révolution ? Les égyptiens ont déjoué les pronostics, exit l’islamiste modéré Abou Al Foutouh (ancien des frères musulmans, exclu de la confrérie), et exit l’ancien diplomate Amr Moussa. Tous deux favoris des médias. Tous deux ont ratissé large. Tous deux ont eu des positions qui n’étaient finalement pas claires pour un peuple qui a besoin de comprendre où il va. Le vote a par contre été clair ; soit un retour aux années Moubarak, soit un régime islamiste. Ahmed Chafiq était premier ministre en janvier 2011, lorsque la jeunesse égyptienne a décidé de se soulever. Pourtant, un an plus tard, on a voté pour lui en masse. C’est contre « le chaos » et pour « le retour de l’ordre » qu’il a fait campagne. Preuve s’il en fallait une, que la chute du régime Moubarak, n’était pas voulue par tout le monde. Et si Mohamed Morsi, candidat des frères musulmans, était plus ou moins attendu à ce stade étant donné la puissance de son parti, la confrérie a perdu du terrain depuis les élections législatives : 25% pour son candidat, contre près de 40% lors des précédentes élections. A l’image des élections de l’assemblée nationale constituante en Tunisie où la multitude des partis et liste a permis à Ennahdha de devenir la première force politique du pays, les candidats « révolutionnaires » égyptiens, tout aussi éparpillés cumulent 40% des votes et se retrouvent exclus du deuxième tour, favorisant ainsi un scénario catastrophe pour le pays. Et tout comme les 50% des égyptiens qui ont décidé de voter pour Chafiq (espoir d’un retour à la stabilité économique et politique et peur des islamistes) et pour Morsi (rupture claire avec l’ancien régime), les récents sondages démontrent que les Tunisiens ne sont pas très loin de cette configuration. Les difficultés de l’actuel gouvernement à diriger le pays, les multiples bourdes d’Ennahdha, et l’incapacité de l’opposition à se réunir et constituer un réel poids ne fait qu’approfondir le malaise de la société qui ne supportera pas longtemps d’avancer dans le vide. Cela dit, comparaison n’est pas raison…

14.5.12

France: Fin du cauchemar sarkozyste, mais...

Une semaine après son élection, François Hollande fait encore la Une des Journaux en France, mais la rue reste sceptique sur ce que peut faire le nouveau Président. Un constat, l’élection de François Hollande était le résultat d’un vote qui se voulait « raisonnable» mais pas vraiment « convaincu ». Les Français ne rêvaient pas d’une France socialiste, mais voulaient mettre fin au cauchemar sarkozyste. Au final, ce n’était pas une victoire de Hollande mais une défaite de Sarkozy. Une défaite qui s’est peut-être jouée « dans les premiers jours de son mandat, quelque part entre le Fouquet’s et le yacht de Vincent Bolloré » comme l’écrit le philosophe Michael Foessel dans Libération. Entre temps, l’extrême droite s’est décomplexée et gagne des points, les nationalistes montent au créneau, et un vent de crise souffle sur toute l’Europe…
Manifestation des nationalistes, Paris, 13-05-2012

8.5.12

Un passage par l’Egypte…


De retour d’Alexandrie, je mesure la gravité de la situation égyptienne. Bien qu’il existe des similitudes avec la Tunisie, la situation reste incomparable entre les deux pays. Malgré toutes les difficultés auxquelles nous faisons face, je pense que nous nous en sortons mieux. Une différence de taille, la Tunisie n’était peut-être pas un pays laïc mais c’est un pays sécularisé et cela compte énormément pour pousser les plus conservateurs à faire des «compromis», et les laïques à résister au grignotage des libertés. En Tunisie, l’alliance tripartite au pouvoir est composée d’un parti islamiste et deux partis de gauche. Les salafistes n’ont pas de parti légal et si Ennahdha reste le parti le plus représenté à l’assemblée constituante, il n’est toutefois pas majoritaire. Ce n’est pas le cas en Egypte où entre les frères musulmans et salafites, on a près de 80% du parlement !
Autre différence entre Tunisiens et Egyptiens, la société civile, très présente en Tunisie, quasi-absente en Egypte. En Tunisie, la rue est au peuple, n’en déplaise au pouvoir. Et c’est sans doute ce qui nous a permis de faire pression sur les gouvernements successifs. Ce n’est pas le cas en Egypte, où j’ai eu l’impression que la déception des élections a cassé l’élan révolutionnaire. Une révolution déjà confisquée par l’armée toujours aux commandes…. Je ne voudrais pas être alarmiste, ni rentrer dans des analyses simples, mais si je pense que la jeunesse égyptienne doit se battre si elle ne va pas faire marche arrière. La révolution n’est pas de dégager Moubarak. C’est bien plus que ça. Se résigner ou se révolter, il faut faire le choix de son avenir…